GUÉRILLA HUBBLE

2013

HD, noir & blanc, sonore, 12'

La matière visuelle qui constitue Guérilla-Hubble provient essentiellement de l’imagerie scien­tifique notamment captée par le télescope Hubble (galaxies, nébuleuses, trous noirs). La matière sonore quant à elle renvoie au grondement, au bruissement d’un désordre social (émeutes, manifestations, guérillas). Il s’agit dans ce projet de jumeler les vibrations et les trajectoires de l’univers avec celles liées aux bouleversements sociaux dans une sorte de « chaosmos » . C’est peut-être dans cette « identité interne du monde et du chaos » comme le mentionnait Deleuze en reprenant ce terme à James Joyce que la totalité des résonances et agencements des étoiles et des hommes révélent leurs déterminations communes qu’elles soient impulsées par des forces objectives ou subjectives.

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Désastres / Des astres

Révolution des astres et Cosmos de la révolte

 

Jérôme Cognet fait se rencontrer des champs magnétiques divers qui convergent vers la vidéo, creuset des interrogations sur la société de l’image outrée. Les techniques des scientifiques tentent par tous les moyens de percer l’invisible, l’infiniment petit, l’infiniment grand, la matière et l’énergie noire, les fonds sous-marin, percevoir dans le noir des lueurs d’existences en mouvement.

 

Pour Guérilla-Hubble, l’artiste vidéaste a utilisé des éléments de l’imagerie scientifique captée par le télescope Hubble lancée en orbite en avril 1990. Doté de caméras visibles, à infrarouge et à ultraviolet, l’instrument encore opérationnel aujourd’hui a constitué une révolution dans la lecture des astres et de leurs mouvements. Le chaos devenait peu à peu lisible mais gardait toujours une masse de mystères. On découvre alors des galaxies, des nébuleuses, des vortex, des trous noirs insoupçonnables, un mouvement perpétuel, une respiration du cosmos avec des images étranges telles des explosions, des violences de vitesse, les balbutiements de l’univers.

 

Pour la matière sonore, Jérôme Cognet se concentre sur les sons captés lors de manifestations, d’émeutes, de guérillas, événements ponctuels qui rappellent que le tissu de la société peut se fissurer à chaque instant. Le son délivre alors des grondements, des cris, des bruissements, des combats qui évoquent un désordre social.

Il s’agit dans cette vidéo de jumeler les vibrations et les trajectoires de l’univers avec celles liées aux bouleversements sociaux dans une sorte de «chaosmos». C’est peut-être dans cette « identité interne du monde et du chaos » comme le mentionnait Deleuze en reprenant ce terme à James Joyce que la totalité des résonances et agencements des étoiles et des hommes révèlent leurs déterminations communes qu’elles soient impulsées par des forces objectives ou subjectives.

 

Jérôme Cognet retravaille ces images satellitaires, militaires, et les mixent avec les bruits recomposés de la rébellion. La révolution imagée des astres rencontre le cosmos sonore de la révolte. L’artiste pose ici une hypothèse. Les mouvements de l’univers ont-ils les mêmes trajectoires que les mouvements des insurrections ? De même, le bruit assourdissant des émeutes et des manifestations n’est-il pas sur la même longueur d’onde que les sons des constellations ?

 

Nous assistons, devant la vidéo, presque hypnotisés, à une succession de ballets cosmiques, de tableaux fragmentés qui condensent les instants de l’univers avec les impacts politiques de la planète : des trainées de lumières, des traces optiques, des stridences, les larsens de la société gouvernée par une stratégie du spectacle. L’image et le son opèrent par glissement de formes, pétillement des rétines, effets stroboscopiques des masses cinétiques. Le chaos apparent de ces mouvements propulse des logiques mathématiques, des surprises galactiques, les rébellions magnifiques de la matière.

 

 

- Lionel Dax

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